Conte initiatique d’hiver

Classé dans : Spiritualité | 0

Le Marchand de bougies, de Dana Lovania – Eubage

Bougie-alumee6vig_bougieUn ami m’a remis ce texte il y a quelques années. Cette année j’ai décidé de le partager avec vous. A chacun de se reconnaître dans le marchand ou dans l’enfant…Une mine de symboles et toujours de l’émotion quelque part !

….

Le texte de ce conte hautement initiatique, qui n’a d’ailleurs pas de titre à ma connaissance, est tiré des oeuvres de Hans-Philippe Gluck (ne pas confondre avec le célèbre compositeur qui, lui se prénommait Christophe Willibald).  Ne me demandez pas non plus de quel ouvrage il est extrait…, car je l’ignore également.  Le «destin» a voulu que le texte de ce conte tombe un jour entre mes mains, pour me donner l’occasion d’y réfléchir et, peut-être aussi, qui sait ? de pouvoir vous en faire également profiter. C’est pourquoi, avant de vous livrer mes réflexions, je vous en transmets la teneur intégrale :

….

Il était là tous les soirs… et les soirs arrivent très vite et de très bonne heure en ces semaines d’hiver qui mènent l’année moribonde vers une nouvelle, qui naîtra du futur, pour entamer son propre passé. Donc, il était là, au coin de la rue formée par le bâtiment en briques rouges de la Grande Poste.

Il se tenait debout derrière son étal couvert de bougies de toutes formes et de toutes couleurs. il était difficile de lui donner un âge. il était vêtu d’une ample pelisse noire, ou paraissant noire dans les ténèbres de la nuit naissante.  Sous les larges bords d’un chapeau foncé, s’ouvraient deux grands yeux clairs, qui reflétaient les lueurs de la rue et qui suivaient, avec une attention sans partage, les hommes, les femmes et les enfants qui se hâtaient, fouettés par le froid et poussés par le vent hivernal, vers leur demeure.

Il était là, le marchand de bougies, à attendre…  Il ne lançait aucun appel, ni ne faisait aucun geste pour attirer le chaland. Il était là, à attendre qu’un passant interrompe sa marche hâtive afin de se pencher sur toutes les bougies étalées dans le froid, avec leurs couleurs multiples.

Bien que ce fût la grande saison des bougies, il lui fallait beaucoup de patience et beaucoup d’obstination pour être présent tous les soirs pendant les dernières et froides semaines de l’année et il revenait tous les ans, au même endroit, pour repartir, aussitôt accomplie la naissance de la nouvelle année.

Ce soir là, un petit garçon s’arrête devant le grand homme sombre aux yeux clairs derrière ses bougies.  Il lui dit :

« – Tu devrais allumer une de tes bougies, pour montrer les autres et pour montrer que tu veux les vendre ! «

Le petit garçon est chaudement vêtu, de rouge et de blanc, comme rembourré de tous les côtés.  Il a un visage tout rouge de froid sous un capuchon blanc et il regarde le grand homme sombre avec curiosité.

« – Oh non ! « entend-il, « elles sont trop précieuses… ce sont des bougies de soleil ! «

« – Des bougies de soleil ? , comment de soleil ? «

« – Parce que vois-tu, enfant, les abeilles sont des ouvrières. Au soleil, elles engrangent nectar et cire et construisent des demeures à ce qui est né de la lumière et c’est avec cette cire, qui sent le miel, que je fais mes bougies.  Avec la cire née de la lumière. «

bougieBleue

Il saisit une grosse bougie, toute blanche et toute ronde et paraissant toute chaude dans le froid de l’air.

« – Je te la donne, c’est une vraie bougie de soleil.  Tu l’emporteras avec toi. Parmi toutes les bougies de cette table, c’est la seule qui s’éveille à la chaleur d’une allumette.  Tu l’allumeras à chaque fois que tu auras une grande joie, ou une grande tristesse.  Tu regarderas alors sa flamme et tu découvriras tout d’abord que toutes les joies et toutes les tristesses ne sont pas aussi grandes et intenses pour mériter que la flamme les éclaire…

Mais tu verras que l’intensité de ta méditation seule déterminera l’importance que tu leur attribues. Entre la flamme et toi, s’établira un lien. Elle luira d’autant plus fortement que ta réflexion méditative est profonde.  Tu découvriras qu’il ne faut pas allumer la bougie de soleil à chaque émotion, qu’il te faut être économe de sa lueur et de ta faculté d’être ému.

Oui mon enfant, il faut l’être car, lorsque je te reverrai, dans un an, je t’en donnerai une nouvelle, une autre bougie et, celle-là ne pourra s’allumer qu’avec la flamme de celle de cette année.  Elle sera plus grosse et plus lourde mais, toi aussi, tu seras plus grand et tu aura gagné des forces pour la porter. Maintenant, va mon enfant, emporte la bougie de soleil et fais comme je te l’ai dit mais, surtout, n’oublie pas qu’il faut sa flamme pour faire naître la lueur de la prochaine…»

Ainsi le petit garçon emporte avec lui un grosse bougie blanche, dont la cire est douce et chaude aux doigts.

Toute une année s’est écoulée et, dès que le temps d’hiver fut venu, l’enfant s’en retourna vers son ami sombre, le marchand de bougies. Dans sa main engourdie par le froid, il porte un tout petit bout de cire, qu’il tend au marchand, un peu inquiet de savoir si ce reliquat minuscule sera apte encore à allumer une bougie beaucoup plus importante… L’homme aux bougies sourit de cette inquiétude :

« – Bien sûr qu’elle sera assez chaude pour communique sa flamme… Mais toi ? As-tu eu beaucoup de joies durant cette année, ou étaient-elles plutôt douloureuses tes émotions passées ? «

L’enfant réfléchit intensément, puis lève le regard vers son grand ami et dit :

« – Vois-tu, je ne sais pas, je ne sais plus… Je sais que j’ai été de plus en plus économe de cette flamme, que je l’ai désirée et que je l’ai redoutée.  Redoutée parce que je me rendais compte que chaque minute de sa lueur entamait la force qu’elle devait transmettre à la nouvelle bougie que tu m’avais promise… Je l’ai désirée et je l’ai redoutée, c’est vrai, mais il est plus vrai encore que je j’ai aimée.  Chaque fois que je l’ai allumée, j’ai trouvé en elle la fragilité de son existence.  Une fois que je devais la garder et la regarder, je ne me souvenais plus de ma joie ou de ma tristesse.  Je savais seulement que j’étais devenu plus riche.

Chaque fois, c’était mon amour pour cette flamme qui l’a emporté.  Chaque souffle qui l’a fait vaciller m’a rempli de crainte et de peur et chaque fois qu’elle s’est redressée, j’avais une joie beaucoup plus grande que la joie qui m’avait fait l’allumer, ou que la tristesse qui m’avait affligé et de laquelle elle devait me consoler.  Je n’avais plus besoin de consolation, parce que, chaque fois, elle était un nouvel amour. «

BougieRouge

L’homme aux bougies se penche alors sur la table et, après une brève hésitation, s’empare d’une grande bougie bleue, plus longue et plus volumineuse que la première.  Il la tend à l’enfant :

« – Vois-tu, mon garçon, je te donne une nouvelle bougie.  Tu la paieras, comme la première, avec ton amour mais celle-ci n’est pas comme la première.  Nous allons l’allumer ensemble maintenant, avec ce qui reste de la première. Elle ne s’éteindra plus.  Aucun vent ne saura la souffler, ni aucun froid l’étouffer. Tu la nourriras de ton amour et tu l’useras avec tes découvertes.  Elle éclairera tous les chemins que tu vas parcourir, que tu les accomplisses par les rêves, par ton imagination, par ton travail ou par la force de tes jambes.  C’est elle qui te connaîtra mieux que toi-même.  C’est elle qui mesurera tes accomplissements.

Elle sera lourde à porter et elle ne se raccourcira et ne s’allégera donc que lorsque tu auras fait preuve d’une compréhension, lorsque tu aura achevé un travail, ou lorsque tu auras fait une découverte.  Chaque fois, elle sera plus courte et plus légère.  C’est la bougie du coeur. Te rappelles-tu ce que le poète a dit : « on ne voit bien qu’avec le coeur «.Tu reviendras vers moi lorsque ton coeur sera heureux, sans demander à tes yeux pourquoi. «

Et le garçon s’en va, avec sa bougie de coeur, allumée à jamais.  Il s’en va à la recherche de ce qui n’est visible que pour le seul coeur…

Il a dû chercher longtemps car, l’année suivante, son ami sombre, le marchand de bougies, l’attendit en vain, sans déception et sans impatience, en souriant et en se disant que, pour son jeune ami, les chemins ouverts avaient été trop nombreux, trop enchevêtrés aussi peut-être, et qu’il hésitait encore à faire confiance à la seule clairvoyance de son coeur, que son coeur adressait encore des questions inquiètes à ses yeux…

Mais l’année suivante, ils se revirent tous les deux. Le garçon avait grandi. La bougie avait diminué et s’était allégée.  Le marchand regarda longuement son jeune ami et demanda :

« – Es-tu sûr, mon garçon, que les lueurs qui ont consumé ta bougie se sont bien transformées en connaissance ? «

Et l’adolescent de lui répondre :

« – Je ne sais pas, mais je sais que je ne suis plus le même, que je ne suis plus celui à qui tu as donné la bougie du coeur. J’ai beaucoup moins de doutes, je n’ai pas pour autant de certitudes, mais j’ai gagné en amour et en espérance. Je pense que mon coeur a appris à voir ce qui n’est pas connaissable par les sens, à percevoir ce qui es au-delà de l’apparence du monde et qui n’est visible qu’à l’esprit. «

Bougies-colorees-

Il y a alors un grand sourire et un grand bonheur sur le visage de l’homme sombre et ses yeux clairs enveloppent le jeune garçon d’une immense tendresse. Comme tous les ans, il se penche sur la table pleine de bougies.  Il cherche un long moment et, finalement, dégage une petite bougie toute rouge, plus rouge encore que la morsure du froid sur les joues du garçon. Il la tend vers l’adolescent en disant :

« – C’est la dernière bougie que je te donnerai, mon jeune ami. Peut-être ne nous reverrons-nous plus jamais. Ce n’est pas important parce que nos coeurs voient notre union et parce que ta découverte de l’amour a payé le prix de toutes les bougies de mon étal. «

Et le garçon contemple la bougie longuement, puis la tourne entre se doigts et, enfin, s’exclame :

« – Mais comment vais-je l’allumer ? Je ne lui vois aucune mèche.  Donne m’en une autre ! «

Le marchand a un sourire encore plus grand.  Il secoue la tête et répond :

« – Non, tu n’en aura pas d’autre. C’est la dernière.  Désormais, tu portes ta part de lumière en toi.  Tu peux demeurer en pleine nuit et, toujours, tu verras autour de toi mieux que les autres.  Bien sûr, tu ne verras pas tout, mais tu verras beaucoup de choses cachées. Cette bougie rouge n’est pas la lueur, c’est une partie immense de ta conscience.  Serre-la entre tes doigts afin qu’elle te rappelle, par sa présence, que tu as lourdement porté la bougie de la réalité solaire, plus lourdement encore, la bougie de la vision cordiale. Celle-là n’a pas besoin d’aucunBougiesEnsemblee flamme, sa flamme, mon jeune ami, c’est toi ! Si tu en est toujours conscient, tu seras toujours heureux, même dans les ténèbres…»

………..

Voilà, ce conte est terminé.  Le conte est terminé. Comme vous l’avez sans doute remarqué, on peut aisément faire un parallèle entre ce récit et les voies initiatique spirituelles car, comme tout homme ayant pour objet de devenir un initié, l’enfant doit subir trois principaux stades d’épreuves et d’évolution avant de devenir son propre «maître», sans nul autre guide que lui-même, avec, comme seuls points de repère et d’appui, l’enseignement et la sagesse de ceux qui l’ont précédé sur les chemins qui mènent à la connaissance intérieure.

La bougie est l’un des symboles importants dans la transmission de la connaissance.  Elle est «allumée au feu de quelqu’un d’autre» et on se transmet sa flamme les uns aux autres. «Dans la flamme d’une chandelle, toutes les forces de la nature sont actives» disait le philosophe allemand Novalis.  La cire, la mèche, le feu et l’air qui s’unissent dans la flamme sont la synthèse de tous les éléments de la nature.

Sa flamme, toujours verticale, symbolise notre vie ascendante, notre esprit qui s’élève vers plus de conscience.  Elle est souffle de vie et lumière de l’âme.  Elle symbolise la purification, l’illumination et l’amour spirituel. Cette flamme est l’âme du feu transcendé.

La lumière qu’elle dégage représente, pour moi, la connaissance intérieure, cette étincelle de vie divine qui brille en nous et qui croît à mesure que nous progressons dans la voie initiatique.  Au début du chemin, elle est à peine révélée et entrevue car elle ne prendra d’ampleur et de signification que par le travail que nous ferons sur nous-même et par nos propres découvertes.  Comme une plante bien soignée et aimée, elle croîtra de l’engrais de nos propres expériences.

La lumière est divine. La lumière est réflexion. Trop vite, elle éblouit nos yeux mais illumine nos coeurs, car c’est cette étincelle divine qui nous fait nous surpasser pour progresser encore et toujours vers la sagesse et la connaissance.  Elle éclipse nos ténèbres intérieures après les avoir mises en évidence.

En nous perfectionnant, donc en évoluant, nous sortons de ces ténèbres et nous nous tenons en pleine lumière, nus comme des vers, dépouillés, vulnérables mais conscients de ce que nous sommes…, et sereins, car le divin créateur ne juge pas et nous accepte, tels que nous sommes, pour peu que nous fassions preuve de sincérité et de bonne volonté. Cette lumière, c’est aussi la paix intérieure et la régénération.  Elle est l’esprit qui rayonne et s’exprime à travers le Verbe. Elle est force fécondante et nourrissante. Elle est conscience, révélation, inspiration et amour.

Quant aux couleurs des trois bougies de ce conte, outre l’aspect évident de transmutation alchimique par la transformation intérieure, opérée grâce au travail sur soi et à l’ouverture sur le monde qu’on peut leur attribuer, elles ont également un symbolisme qui leur est propre.

Ainsi depuis la plus haute antiquité, et dans de nombreuses traditions, le blanc est la couleur du sacré et de tout ce qui touche aux rites de dévotion envers les divinités, comme de ce qui touche aussi dailleurs à certains rites funéraires. On sacrifiait des chevaux blancs au Dieu soleil, image de la lumière divine. Le blanc, synthèse de toutes les couleurs, symbolise Dieu, l’innocence, la pureté, la perfection morale et la sagesse et ce n’est certes pas par «hasard» ou pour faire «plus joli» que nos Druides se vêtent de blanc…

Le bleu, quant à lui, symbolise l’air, la couleur de l’azur, de ce que l’on appelle «l’Esprit Saint», feu céleste, éther et air divin. Il est amour de la vérité, immortalité humaine, donc vie éternelle. Il symbolise aussi la loyauté, la fidélité à l’engagement pris.  Les Bardes, chantres de l’amour et de la vérité, dont l’esprit est toujours en éveil, dont le verbe stimule et régénère, en symbolisent fort bien les principes fondamentaux.

Le rouge, enfin, est la sanctification.  Il est amour.  C’est le coeur de toute création, le baptème de feu et d’esprit, d’amour et de vérité, de régénération et de réalisation.  Il est principe d’union absolue et totale… et conduit à la couleur or de la flamme, or du verbe, de la révélation…

Comme il n’est pas fait mention dans le conte d’une bougie verte, je ne vais donc pas aborder ici le symbolisme élémentaire de cette couleur.  Que les Ovates me le pardonnent, mais ce n’est que partie remise…  J’en reviens donc au sujet d’aujourd’hui.

Quand l’enfant s’arrête devant l’étal du marchand, il fait comme nous, quand nos nous décidons à entrer dans le cercle.  Il fait les premiers pas. Quand il allume sa première bougie, toute blanche, celle du soleil, il fait ses premiers pas de disciple investi.

Comme l’an meurt et renaît, c’est une nouvelle vie qui s’ouvre à lui, une nouvelle naissance.  C’est la bougie de l’amour, de la beauté, de l’harmonie et de la joie. Cette bougie lui permettra de faire ses premiers pas, de passer de l’oeuvre au noir à l’oeuvre au blanc alchimique, de travailler sur lui-même, de mieux se connaître, de maîtriser ses pulsions, de descendre au plus profond de lui, avant d’entamer sa remonter vers la lumière, de confier ses peines et ses joies à cette lumière intérieure encore timide, qui brille en chaque homme qui sait la découvrir.

Il apprendra donc à faire la part des choses, et à ne donner de l’importance qu’à ce qui mérite d’en avoir car, comme dit le marchand «tout est relatif en ce monde…» Ainsi il économisera ses forces, tout au moins, il ne les gaspillera pas car «l’année écoulée…», il lui faudra pouvoir allumer la seconde bougie avec la flamme de la première, donc poursuivre l’oeuvre de transmutation commencée et avancer dans le chemin de lumière qui s’est ouvert devant lui.

L’enfant disciple réussit donc la première épreuve et le marchand lui remet la seconde bougie, bleue celle-ci.  Il est en quelque sorte reconnu apte à poursuivre, intronisé.  Le symbole de cette bougie lui permettra de s’ouvrir aux autres et de regarder le monde avec un oeil neuf, de passer de l’oeuvre au blanc alchimique à l’oeuvre au bleu, celle du dégagement du mercure philosophale initiatique, en prenant encore plus de conscience.

Cette bougie est force, détermination, travail, ouverture au monde. L’enfant est à présent plus fort. Rien ne peut plus l’arrêter sur la voie choisie.  Ni le vent, ni la tempête, n’auront raison de cette flamme intense qui brûle en lui. Son amour, sa quête et la compréhension du monde qui l’entoure seront ses seuls guides. La tâche sera rude et il l’accepte avec joie, car le travail accompli de plein gré est toujours une joie intense.

C’est cette bougie symbole qui lui permettra de développer son intelligence du coeur, sans laquelle le pur savoir n’est rien que feuilles mortes qui s’envolent au gré des vents. ce don d’amour, et cette plénitude du coeur, seront longs à acquérir, car il devra aussi oublier ce qu’il sait et laisser parler et grandir la flamme qui est en lui.

Les chemins ainsi ouverts sont multiples.  La clairvoyance, ce sixième sens qu’il lui faudra développer, en laissant parler son coeur, lui permettra de trouver son équilibre et le bon chemin vers la lumière.  Son bon chemin plutôt, car les lacis se côtoient et s’enchevêtrent, mais chacun est sur la voie qu’il s’est lui-même tracée. Il saura que rien n’est jamais acquis, mais ses doutes s’estomperont sans se transformer pour autant en certitudes, car il saura toujours se remettre en question, aimer, oser, espérer et vouloir.

Son coeur lui fera découvrir se qui se cache derrière l’aspect commun des choses et des gens. Il ne «jugera» plus seulement avec ses sens, ou avec ses yeux, mais il saura discerner ce qui n’est visible qu’à l’esprit.

L’oeuvre au rouge peut commencer.  Il aura acquis la maîtrise de lui-même.  Il sera prêt à servir, avec humilité et simplicité, en s’oubliant parfois lui-même pour mieux penser aux autres. Il sera prêt à transmettre ce qu’il aura lui-même appris, afin que la chaîne invisible de la Tradition et de la Connaissance ne soit pas interrompue et que d’autres puissent s’engager dans la voie qu’il aura lui-même suivie.  Il deviendra à son tour ce «Marchand de bougies» qui a laissé venir à lui le petit enfant qu’il était.  Cette dernière bougie, celle de «l’initié accompli», celle du Druide, pourrait-on dire, c’est celle de la sagesse qui devrait éclairer notre lumière intérieure.

La transmutation intérieure s’est opérée lentement et la flamme brûle en lui à jamais, même si elle vacille encore quelques fois.  Cette lumière n’a plus besoin de s’extérioriser pour le stimuler. Elle est là, bien au fond de lui, lumière intérieure qui resplendit de mille feux, lumière divine.

Bien sûr, le travail n’est jamais terminé et bien des choses lui échapperont encore.  Il lui faudra éternellement continuer à apprendre, à travailler. Il aura certainement des sursauts de révolte, des mouvements de colère, mais cette lumière divine saura lui montrer la vraie voie, celle de la compréhension et de l’amour, avec, pour point d’appui, la sagesse (même si elle n’est pas réellement de ce monde), la force intérieure et la beauté de l’univers.

L’enfant du conte, tout comme le futur druide, aura pris conscience. Il aura dépassé le stade de la réalité quotidienne et, désormais, il pourra poursuivre son chemin avec une plus grande sérénité, dans la joie et le bonheur, car il ne sera jamais seul, même isolé et il ne sera plus dans les ténèbres de l’ignorance passée.

Ayant appris à se connaître lui-même et à connaître les forces qui régissent la nature, il comprendra mieux les autres et sera plus apte à les aider, à les écouter, à être en harmonie avec l’univers qui l’entoure et c’est là en fait le but, être tout simplement le reflet de notre miroir intérieur.  Etre et demeurer des hommes et des femmes de bonne volonté, pour qui fraternité, amour et tolérance ne doivent pas être de vains mots, mais des réalités quotidiennes, à quel que niveau que ce soit.

Cela prendra du temps et, comme l’enfant aux bougies, nous rencontrerons beaucoup de difficultés avant que la paix règne aux quatre coins de l’horizon, et pas seulement en Celtie, que la joie soit dans les coeurs et les âmes, et que l’amour règne réellement parmi les hommes, mais rien n’est impossible à qui possède la foi en ce qu’il fait… A nous tous donc, de faire en sorte que cette parabole devienne la plus merveilleuses des réalités de la terre de demain.

Dana Lovania

Eubage

(Article publié avec l’aimable autorisation de l’auteur et de la revue du Collège Druidique des Gaules, Ar Gaël)

…..

Sources photos : Vignette d’article : 3w.fotosearch.com – Bougie blanche et bougie rouge : 3w.yunphoto.net/fr – Bougie bleue : 3w.eden-deco.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *